Cultures

Départs

Quand il annonça plusieurs fois à ses amis bohèmes qu’il comptait s’installer à New York pour y devenir poète, ils furent atterrés par son péché d’orgueil, mais il avait aussi parlé brièvement de son projet aux peintres Abe Rattner et David Siqueiros, de passage au département d’art, lesquels peintres avaient aussitôt acquiescé à son projet. Il n’avait ni argent ni perspective, mais il était très heureux de sa décision, même si ce nouveau bonheur n’était pas dépourvu d’une certaine exaltation. Il embrassa chacun des membres de sa famille pour leur dire au revoir. Sa mère et ses sœurs pleuraient. Ses frères avaient la larme à l’œil. Au début d’une belle matinée d’avril, son père l’emmena en voiture jusqu’à la grand-route et il partit en auto-stop vers l’est avec une valise en carton épais, entourée d’une solide ficelle par son père, dans laquelle il y avait quelques vêtements, un paquet de petits gâteaux, sa machine à écrire à vingt dollars, quelques livres, la Bible en guise porte-bonheur, Faulkner, Dostoïevski et Rimbaud. Ce n’était pas tout à fait le chant de la route, mais le cœur et l’esprit répétaient inlassablement sa proclamation d’émancipation et il repensait sans arrêt à la première période de sa vie au chalet, après une nuit passée dans les bois, enveloppé dans une couverture, ou bien sous une tente humide de pluie, marchant à l’aube, trempé jusqu’à la taille à cause des buissons et des fourrés, jusqu’à la ferme de Kilmer où il prenait un harnais dans la cabane et montait June, un mélange de cheval de course et de cheval de trait, au vaste dos noir et lisse, une jument douce même si l’on ne pouvait l’empêcher de rejoindre les innombrables petits lacs et étangs inhabités de la région, vers lesquels elle s’élançait pour y nager en décrivant chaque fois un grand cercle, avant de poursuivre vers le nord et une zone de larges ravins, d’énormes souches de pins blancs, de fougères couvertes de rosée ou de pluie qui sentaient la sauge accompagnant la dinde de Thanksgiving.

Jim Harrison (né en 1937), « Traces », L’été où il faillit mourir – traduction de Brice Matthieussent

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Andrew Edmonds (né en 1961), Shire stallion in snow

Vous avez du talent

Vous avez du talent !

Trois belles réalisations me sont parvenues en début de semaine; je tiens à remercier toutes celles qui ont la gentillesse de m’envoyer des photos de leurs ouvrages, ça me fait toujours très plaisir…

Tout d’abord, une interprétation originale et réussie de la grille gratuite d’Hickstead par Patricia H., sur Lugana, en 1/1 :

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Ensuite, toujours brodée en 1/1, une tête de berger allemand ornant une superbe enveloppe confectionnée par Thérèse G. :

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Enfin, Evelyne P. a livré une interprétation pleine de tendresse de Maternité II :

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Un grand merci à toutes !

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Mon métier, Nouveaux modèles

Chat tigré III / Chat tigré IV

Deux nouveaux modèles mettant un scène un beau chat tigré aux yeux d’ambre; la difficulté consistait dans le fait que sur les photos d’origine, le matou se trouvait dans… un lavabo :

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Il m’a donc fallu remettre le chat en scène; voici le Chat tigré III, confortablement installé dans les plis d’un édredon :

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La broderie fait 135 x 65 points et comporte 25 couleurs DMC.

Quant au Chat tigré IV, il est parti à l’aventure dans le jardin :

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La broderie fait 110 x 123 points et comporte 32 couleurs DMC.

Vous avez du talent

Vos hommages

Certaines d’entre vous ont déjà brodé la grille gratuite d’Hickstead que je vous ai proposée samedi; Christine m’a envoyé sa réalisation – elle a également rédigé un bel article en hommage à ce grand champion :

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Christine a utilisé une toile Lugana bleu ciel très clair, et le fil Atalie « Onyx »; elle a brodé en 1/1.

Carinne a également brodé la grille et consacre son article du jour à Hickstead :

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Carinne a brodé sur une toile 16 fils claire, avec la soie Eterna couleur « Tabby ».

Un grand merci à toutes les deux pour vos envois… super2

Cultures

Super-héros

Quand Gloria, ce frais matin de printemps, avait annoncé à Ted qu’elle était enceinte, il sentit son cœur chavirer et, assis au bord du lit, garda les yeux rivés sur ses doigts de pieds. Comment était-ce arrivé ? Il n’y avait pas trente-six façons, bien sûr. Comment allait-il faire financièrement ? Il fit l’effort d’un sourire, mais posa la question : « Qu’est-ce qu’on va faire ? » Gloria, interloquée, fondit en larmes. Mais Ted, le Ted d’alors, ne put résister : « Mais comment c’est arrivé ? » Gloria le regardait sans ciller. « Tu as oublié de prendre la pilule ?

– Je vais avoir un bébé, Ted », et, roulant sur le flanc, elle se leva et entra dans la salle de bains.

Ted se heurta à la porte qui se refermait, y plaqua sa joue : « Il faut qu’on en discute, il me semble.

– Qu’y a-t-il à discuter ? »

Ted l’entendit décoincer la petite fenêtre au-dessus de la baignoire, laissant entrer les bruits d’aboiement du chien du voisin. « Il faut voir…

– C’est tout vu, dit-elle sur un ton définitif. Elle ouvrit la porte pour lui dire bien en face : Garçon ou fille, voilà ce qui reste à voir. Mets-toi ça dans la tête.

– Mais j’ai mon mot à dire, quand même. Enfin, quoi, c’est mon corps aussi. » Cette protestation minable n’eût pas sitôt quitté sa bouche de minable qu’il en reconnut la bêtise. Et le regard que Gloria lui lança ! A mi-chemin entre « Mais pour qui tu te prends ? » et « Je le savais, que tu réagirais comme ça, pauvre type ! ».

« Je suis désolé. – Et il avait bien des raisons de l’être. – C’est un tel choc. Enfin, une telle surprise. Il faut que je m’y fasse, quoi. Enfin, est-ce qu’on est prêts ?

– On a intérêt à s’y mettre. »

Ted la prit dans ses bras, étonné de la trouver si menue, pour abriter un autre être, lui dit qu’ils seraient prêts, qu’il l’aimait, et même s’il ne suffisait pas de le dire Gloria accepta ses paroles et se détendit quelque peu.

Allongé dans son lit, Ted avait la conscience d’un menteur, et à juste titre car, songeait-il, il n’aimait pas du tout Gloria, et se maudit de n’avoir pas pris la tangente avant que tout cela n’arrive. Il ne pouvait se résoudre à se préparer pour la venue de l’enfant, ne savait tout simplement pas comment penser à une chose pareille. Ses pensées ne pouvaient que se tourner vers les neuf chapitres encore à écrire dans son mémoire qui en comportait dix, vers le peu de confiance en lui qu’avaient ses professeurs, qui ne lui feraient pas de quartier. A ce moment même, Ted était conscient de l’égoïsme détestable de ses pensées et des propos qu’il avait tenus à Gloria, mais c’était plus fort que lui. Ce fut l’excuse qu’il se donna. Il manquait de force morale, c’était congénital, et ni les sciences de la médecine ni la raison ne pouvaient y remédier. Quel néfaste régime sa mère avait-elle bien pu suivre pendant sa grossesse ?

Percival Everett (né en 1956), Désert américain – traduction d’Anne-Laure Tissut

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Dina Goldstein, « Snow White »Fallen princesses

De vous à moi...

Hickstead

Hickstead était l’un des meilleurs chevaux de saut d’obstacles au monde (si ce n’est le meilleur); au terme d’un parcours à Vérone comptant pour la Coupe du monde, il s’est effondré le 6 novembre dernier, victime d’une rupture aortique. Il est mort en quelques minutes (je vous déconseille absolument les images de son agonie).

Vous trouverez un hommage émouvant ici : http://www.stephex.com/

Hickstead, sous la selle de l’actuel n°1 mondial, son cavalier canadien, le champion olympique Eric Lamaze :

Je tenais à rendre hommage à ce magnifique étalon néerlandais, avec cette petite grille gratuite (cliquer sur l’image pour la télécharger) :

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Adieu champion…