Lapin nain II

Un adorable petit lapin, comme pour annoncer le printemps :

https://i0.wp.com/sd-5.archive-host.com/membres/images/164353825412355948/lapin_nain_2_wordpress.JPG

La broderie fait 110 x 84 points et comporte 15 couleurs DMC. Le diagramme est disponible dans la catégorie Nouveaux animaux de compagnie.

Publicités

Phacochères

Un matin, le cuisinier se plaignit que sa fille, Ruth, n’avait rien à faire pendant les vacances scolaires.

« Joseph, lui dit Julia, pourquoi Ruth ne viendrait-elle pas jouer avec Will ? »

C’est ainsi que Will connut son premier amour.

Ruth était gracieuse comme une grue qui se promène sur les rives d’un cours d’eau, et elle était vaniteuse. Elle ne se séparait jamais d’un couvercle de boîte à biscuits dans lequel elle admirait son reflet. Et, comme si cela ne suffisait pas, elle était de deux ans plus âgée que Will et connaissait donc tous les grands secrets de la vie.

« Ruth, demanda Will, pourquoi ton père il a des marques sur la joue ?

– Sa mère et son père les lui ont entaillées pour éloigner les mauvais esprits.

– Pourquoi ça éloigne les mauvais esprits ?

– Je te l’ai déjà dit, Will, soupira-t-elle. Les mauvais esprits s’installent dans une âme en bonne santé. S’ils voient des cicatrices sur un visage, ils pensent que l’âme n’est pas en bonne santé, alors ils la laissent tranquille.

– Pourquoi, toi, t’as pas de marques sur les joues ? demanda Will.

– Jésus nous protège, moi et mon frère, bébé Joseph.

– Et pourquoi tu as la peau foncée ?

– Jésus l’a faite comme ça », répondit-elle en soulevant le couvercle de la boîte à biscuits pour s’y contempler.

Will se pencha et observa son propre reflet à côté du sien. « Et pourquoi ma peau elle est pas comme la tienne, Ruth ? »

Estimant que Will avait dépassé son quota de questions pour la journée, Ruth fléchit son long cou et répliqua :

« Parce que, quand Jésus en a eu assez de créer de belles personnes, il en a fabriqué de vilaines. »

Piqué, Will ne répondit pas; c’était, bien sûr, l’effet escompté par Ruth.

Que Will pût encaisser une telle insulte sans broncher témoignait de son amour pour Ruth. Cela valait à sa mère une recrudescence de questions.

« Est-ce que les bébés seront noirs ? demanda-t-il à Julia.

– Non, mon chéri, ils seront exactement comme toi.

– Les bébés noirs sont beaux, déclara-t-il.

– Oui. » Julia sourit en pensant qu’à une telle remarque, sa mère aurait suffoqué d’indignation.

« Tu ne voudrais pas avoir des bébés noirs ? » continua Will, tentant de concilier la sagesse de Ruth et celle de sa mère. Car, si Julia avait désiré avoir d’autres enfants, lui semblait-il, c’était sans doute parce qu’elle n’était pas satisfaite de lui.

« Je pense que les bébés blancs sont beaux, eux aussi », dit-elle.

Will alla retrouver Ruth et lui répéta les paroles de sa mère.

« Oui, déclara Ruth, mais Jésus pense que les bébés noirs sont plus beaux. » Elle s’empara de son couvercle et se décocha un joli sourire.

« Pourquoi est-ce qu’il s’embête à fabriquer de vilains bébés, alors ?

– Pour la même raison que, lorsque le petit Jésus en a eu assez de faire des léopards et des gazelles, il a fait des phacochères et des hippopotames : pour rigoler.

George Hagen (né en 1958), La Famille Lament – traduction de Pierre Furlan

https://i2.wp.com/sd-5.archive-host.com/membres/images/164353825412355948/ruth.jpg

Constance Stuart Larrabee (1914 – 2000), Ndebele Woman at Wall (South Africa), 1936-1949