Broderies

Petites capes

J’avais envie de broder de petits tableaux, simples et rapides – voilà qui est fait grâce au beau livre de Véronique Enginger, Le monde de Beatrix Potter :

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En détail, sur aïda 7 chinée :

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Il va vraiment falloir que j’établisse un roulement dans mes ouvrages https://i2.wp.com/smileys.sur-la-toile.com/repository/Confus/oups-pardon-9877.gif

Cultures

Nevermore

Maolseachlainn se leva, cordial comme toujours pour tenter de dissimuler le soulagement qu’il éprouvait à la perspective de s’en aller. Je le regardai se démener pour enfiler son pardessus bleu marine, puis nouer son cache-col en laine rouge autour de son cou. Parfois, quand il vient juste d’arriver à la prison, il se dégage de ses vêtements des bouffées, des bribes d’air du dehors, je les hume avec un plaisir secret comme si c’étaient là les plus précieux des parfums. Comment c’est, dehors ? lançai-je alors. Il se figea, me regarda en clignant des yeux, un peu inquiet. Je crois qu’il pensait que je lui demandais de me brosser un tableau exhaustif, comme si j’avais peut-être oublié à quoi ressemblait le monde. La journée, précisai-je, le temps. Son front s’éclaircit. Il haussa les épaules. Oh, dit-il, gris, juste gris, vous savez. Et, aussitôt, dans un serrement de cœur, je la vis, cette fin d’après-midi de novembre, l’éclat terne des routes humides, les enfants qui revenaient de l’école en traînaillant, les corbeaux qui voltigeaient et tournoyaient contre les lambeaux de nuages, et, dans le ciel, ce rougeoiement terni derrière des branches nues, noircies. Autrefois, c’était une époque de l’année que j’aimais, ce temps frappé de discrédit, quand cette grande affaire qu’est le monde va son petit bonhomme de chemin sans s’occuper de rien ni de personne. Je me revois, enfant, dans ce décor-là, en train de musarder sur cette route humide, de décocher un coup de pied dans une pierre devant moi, et de rêver à cet énorme rêve qu’est l’avenir. Il y avait un sentier, je me souviens, qui coupait le bois de chênes, à deux ou trois kilomètres de la maison, et dont je savais qu’il devait aboutir à Coolgrange. Par là, que les ombres paraissaient vertes, le chemin creux, et le silence fiévreux. Chaque fois que je passais devant, en remontant du calvaire, je me répétais : La prochaine fois, la prochaine fois. Mais, toujours, quand arrivait la prochaine fois, j’étais pressé, ou le jour tombait, ou je n’étais tout simplement pas d’humeur à innover, et je suivais donc mon chemin habituel, la route. Au bout du compte, je ne pris jamais ce sentier secret, et, à présent, bien sûr, il est trop tard.

John Banville (né en 1945), Le livre des aveux – traduction de Michèle Albaret

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Kendra Bean, Autumn in the Country

Cultures

Présence

Vous avez vu sa photo dans les journaux, vous savez à quoi elle ressemble. C’est une jeune femme, vêtue d’une robe noire avec un grand col blanc, debout, les mains croisées devant elle, l’une gantée, l’autre dissimulée, à l’exception des doigts, fléchis, dénués de bagues. Elle porte quelque chose sur la tête, une coiffe ou une barrette quelconque qui lui tire les cheveux en arrière et lui dégage le front. Ses yeux noirs en amande, proéminents, ont un air vaguement oriental. Elle a le nez large, les lèvres pleines. Elle n’est pas belle. Dans sa main droite, elle serre un éventail fermé, à moins qu’il ne s’agisse d’un livre. Elle se tient dans ce que je crois être l’embrasure illuminée d’une porte. On aperçoit un bout de sofa, ou de lit peut-être, recouvert de brocart. Il règne, derrière elle, une pénombre dense et pourtant mystérieusement légère. Son regard est calme, vide d’espoir, bien qu’il y ait une trace de défi, d’hostilité même, dans le modelé de sa bouche. Elle n’a pas envie d’être là, mais n’a pas le choix. La broche en or qui maintient les pans de son large col est coûteuse et laide. Tout cela, vous l’avez vu, tout cela, vous le savez. Pourtant, n’est-il pas vrai, messieurs les connaisseurs du jury, que, même en sachant tout cela, vous ne savez toujours rien, presque rien. Vous ne savez pas la fortitude et le pathétisme de sa présence. Vous n’avez pas, comme moi, fondu sur elle dans une chambre dorée, par un soir d’été. Vous ne l’avez pas serrée dans vos bras, vous ne l’avez pas vue, abandonnée dans un fossé. Vous n’avez pas – ah non !-, vous n’avez pas tué pour elle.

[…] J’ai contemplé d’autres peintures, plus belles peut-être, mais elles ne m’ont pas touché comme celle-là me touche. J’en ai une reproduction, ici, accrochée au-dessus de ma table – que m’a envoyé, devinez qui, Anna Behrens -, quand je la regarde, mon cœur se serre. Il y a dans la façon dont cette femme m’observe, dans l’insistance muette, chagrine, de ses prunelles, quelque chose auquel je ne peux échapper, que je ne peux apaiser. Sous l’emprise de son regard scrutateur, je me sens très mal à l’aise. Elle exige de ma part un grand effort, des trésors de concentration et d’attention dont je ne me crois pas capable. Comme si elle me demandait de lui donner vie.

John Banville (né en 1945), Le livre des aveux – traduction de Michèle Albaret

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John Singer Sargent (1856 – 1925), Elizabeth Asquith (détail)