Cultures

Les grandes espérances

Elle commanda donc des escargots et moi pas. Elle venait d’une banlieue huppée de Cleveland et moi pas. Ses parents étaient divorcés et pas les miens, d’ailleurs ça n’aurait jamais pu leur arriver. Elle avait quitté Mount Holyoke pour revenir dans l’Ohio pour des raisons liées au divorce de ses parents, en tout cas c’est ce qu’elle disait. Et elle était encore plus jolie que l’impression que je m’étais faite d’elle en cours. Je ne l’avais jusque-là jamais regardée dans les yeux assez longtemps pour voir comme ses yeux étaient grands. Je n’avais pas non plus remarqué la transparence de sa peau. Je n’avais pas osé regarder sa bouche assez longtemps pour pleinement apprécier à quel point sa lèvre supérieure était pulpeuse, et comme cette lèvre avançait de façon provocante lorsqu’elle prononçait certains mots, des mots commençant par « m » ou « b » ou « s » ou « ch » comme dans « chaud », dont elle redoublait le « ch », alors que moi je le prononçais en bougeant à peine les lèvres.

Après qu’on eut parlé quelque dix ou quinze minutes, à ma grande surprise elle tendit sa main au-dessus de la table pour toucher le dos de la mienne. « Ne sois pas si tendu, dit-elle. Détends-toi.

– Je ne sais pas faire ça », répondis-je, et même si je l’entendais comme une réplique enjouée et modeste, il se trouve que c’était vrai. J’étais toujours en train de prendre sur moi. Je poursuivais toujours un but. Livrer les commandes et plumer les poulets, nettoyer les billots de boucher, avoir les meilleures notes pour ne jamais décevoir mes parents. Raccourcir ma prise sur la batte de base-ball pour qu’elle frappe la balle et qu’elle retombe exactement entre les joueurs de l’équipe adverse du champ intérieur et ceux du champ extérieur. Changer d’université pour échapper aux restrictions imposées par mon père de façon irrationnelle. Ne pas devenir membre d’une fraternité afin de me consacrer exclusivement à mes études. Prendre la préparation militaire avec le plus grand sérieux pour essayer de ne pas me faire tuer en Corée. Et maintenant, le but à atteindre, c’était Olivia Hutton. […] Et c’était là un but de plus : malgré les conventions qui sévissaient encore dans une petite université de niveau moyen du Middle West dans les années de l’immédiat après-guerre, j’étais bien décidé à coucher avec une fille avant de mourir.

Philip Roth (né en 1933), Indignation – traduction de Marie-Claire Pasquier

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’50s patio party – cliché emprunté au site collaboratif et passionnant http://www.shorpy.com/

Broderies

Comme une envie de fraises…

Après le rouge-gorge de Vervaco, j’ai eu envie d’un peu de chaleur et d’été. Il y a quelques années j’avais acheté cette grille de la talentueuse Martine Rigeade pour Anagram :

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À cette époque nous avions un amour de petite lapine :

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Depuis notre Cachou nous a quittés – j’ai repris la grille, modifié les couleurs et aussi l’écriture, qui ne me plaisait pas :

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J’ai choisi une toile aïda vintage bleue à 5,5 points au centimètre :

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Pour le pelage j’ai utilisé un mélange de fils, l’écart entre le 310 et le 3799 de DMC me semblant trop important; j’espère que cela rendra bien…