Les Elfes

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Du sentier des bois aux daims familier,
Sur un noir cheval, sort un chevalier.
Son éperon d’or brille en la nuit brune ;
Et, quand il traverse un ravon de lune,
On voit resplendir, d’un reflet changeant,
Sur sa chevelure un casque d’argent.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Ils l’entourent tous d’un essaim léger
Qui dans l’air muet semble voltiger.
– Hardi chevalier, par la nuit sereine,
Où vas-tu si tard ? dit la jeune Reine.
De mauvais esprits hantent les forêts
Viens danser plutôt sur les gazons frais.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

– Non ! ma fiancée aux yeux clairs et doux
M’attend, et demain nous serons époux.
Laissez-moi passer, Elfes des prairies,
Qui foulez en rond les mousses fleuries ;
Ne m’attardez pas loin de mon amour,
Car voici déjà les lueurs du jour.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

– Reste, chevalier. Je te donnerai
L’opale magique et l’anneau doré,
Et, ce qui vaut mieux que gloire et fortune,
Ma robe filée au clair de la lune.
– Non ! dit-il. – Va donc ! – Et de son doigt blanc
Elle touche au cœur le guerrier tremblant.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Et sous l’éperon le noir cheval part.
Il court, il bondit et va sans retard ;
Mais le chevalier frissonne et se penche ;
Il voit sur la route une forme blanche
Qui marche sans bruit et lui tend les bras :
– Elfe, esprit, démon, ne m’arrête pas !

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Ne m’arrête pas, fantôme odieux !
Je vais épouser ma belle aux doux yeux.
– Ô mon cher époux, la tombe éternelle
Sera notre lit de noce, dit-elle.
Je suis morte ! – Et lui, la voyant ainsi,
D’angoisse et d’amour tombe mort aussi.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Leconte de Lisle (1818 – 1894), Poèmes barbares

https://i2.wp.com/s-i-net-1.staticish.com/sites/default/files/images/lamia-waterhouse.jpg

John William Waterhouse (1849 – 1917), Lamia

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10 réflexions sur “Les Elfes

  1. joli poème
    les elfes sont peut-être joyaux mais l’histoire l’est quand même moins …
    rien à voir mais je souhaite une bonne fête aux grand-mères (dont je fais partie)

  2. Quel beau poème. J’aime aussi Leconte de LIsle. J’aime ce poème et grâce à toi, tous les dimanches ressurgissent les souvenirs ! Je viens de relire les éléphants ! Superbe auteur !
    Le tableau est bien beau et vient aider à la danse des Elfes que l’on devine au fond du tableau.
    Bon dimanche et grosses bises

  3. J’aime beaucoup ce voyage dans la poésie. C’est un vrai bonheur chaque dimanche.
    Le tableau est magnifique. Bises

  4. Un très beau poème que j’apprécie bien plus maintenant (ça ne m’étonne pas) que lorsque j’étais étudiante. A l’époque on nous « bourrait » le crâne avec des textes imposés, et moi, de nature anti-conformiste, contrariante et un peu rebelle, je lisais ce que j’avais ENVIE de lire plutôt que ce qu’il fallait lire… LOL
    Alors que là, chaque dimanche, ce n’est que du plaisir ! Merci Agnès 🙂
    Bon début de semaine, ici l’école reprend…

    • Alors bon courage pour la reprise Amélie, nul doute que tes petits seront bien reposés après quinze jours de vacances, et pleins d’énergie (au secours !)… Le seul souvenir vraiment rude que j’aie de lecture imposée est Stendhal 😦 Même aujourd’hui j’ai du mal… Bisous !

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