Cultures

Fin

Je reportai mon attention sur la route et le paysage. Non loin d’ici se trouve un énorme rocher, fendu par le milieu, dont les deux moitiés flanquent un grand chêne, sur le modèle des sépultures indiennes. Sur le rocher sont gravés ces mots :

ICI REPOSE LE DERNIER DES MATINECOCS.

Il se dresse dans l’enclos de l’Église épiscopale de Sion. Au pied du chêne est posée une plaque de métal qui dit ceci :

CONCESSION PERPÉTUELLE.

Ainsi, après des milliers d’années d’existence dans ces bois et ces collines, c’est tout ce qu’il reste des Matinecocs, balayés en quelques années par un événement historique qu’ils ne pouvaient ni combattre ni comprendre. Les colons sont arrivés, les Hollandais, les Anglais, et parmi eux mes aïeux, et ont imprimé leur marque sur les cartes et sur le paysage; ils ont construit des villages et des routes auxquels ils ont donné des noms, rebaptisé les étangs, les cours d’eau, les collines, en conservant pourtant, ici et là, quelques noms indiens.

Nelson DeMille (né en 1943), Le voisin – traduction de Nathalie Guilbert

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Cultures

Les roses d’Ispahan

Les roses d’Ispahan dans leur gaîne de mousse,
Les jasmins de Mossoul, les fleurs de l’oranger
Ont un parfum moins frais, ont une odeur moins douce,
O blanche Leïlah ! que ton souffle léger.

Ta lèvre est de corail, et ton rire léger
Sonne mieux que l’eau vive et d’une voix plus douce,
Mieux que le vent joyeux qui berce l’oranger,
Mieux que l’oiseau qui chante au bord du nid de mousse.

Mais la subtile odeur des roses dans leur mousse,
La brise qui se joue autour de l’oranger
Et l’eau vive qui flue avec sa plainte douce
Ont un charme plus sûr que ton amour léger !

O Leïlah ! depuis que de leur vol léger
Tous les baisers ont fui de ta lèvre si douce,
Il n’est plus de parfum dans le pâle oranger,
Ni de céleste arome aux roses dans leur mousse.

L’oiseau, sur le duvet humide et sur la mousse,
Ne chante plus parmi la rose et l’oranger ;
L’eau vive des jardins n’a plus de chanson douce,
L’aube ne dore plus le ciel pur et léger.

Oh ! que ton jeune amour, ce papillon léger,
Revienne vers mon cœur d’une aile prompte et douce,
Et qu’il parfume encor les fleurs de l’oranger,
Les roses d’Ispahan dans leur gaîne de mousse !

Charles-Marie Leconte de Lisle (1818 – 1894), Poèmes tragiques

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Frank Bernard Dicksee (1853 – 1928), Leila