Paternité

Sur des sites Internet consacrés à l’éducation des enfants, j’ai appris que le sirop de maïs, les nitrates et les graisses hydrogénées étaient mauvais pour la santé et que le soja, les produits bios et les céréales complètes étaient bénéfiques. J’ai aussi appris qu’il fallait faire à Scottie une piqûre de rappel contre la coqueluche, la méningite, sans oublier le vaccin contre le papillomavirus susceptible de causer des condylomes et le cancer du col de l’utérus, une mesure de prévention recommandée aux adolescentes avant qu’elles aient une vie sexuelle. Lire cela m’a tellement consterné que j’ai pris part aux conversations en ligne sur le thème de la vaccination, ce qui m’a valu une sévère réprimande de Maman-de-Taylor. Pourquoi ne pas les protéger le mieux possible ? Oui, Papa-de-Scottie, moi je les vaccinerais contre la solitude et les chagrins d’amour si c’était possible, MB, mais c’est pas la même chose ! Les condylomes ça n’a rien à voir avec les sentiments ! Ce sont des condylomes et on peut s’en débarrasser.

Il m’a fallu demander à Scottie ce que signifiait MB car, depuis que j’ai commencé à m’immiscer dans ses activités, j’ai remarqué qu’elle n’arrêtait pas d’envoyer des textos à ses amis. Enfin, j’espère qu’il s’agit bien de ses amis et pas d’un pervers en robe de chambre.

« Merci beaucoup », m’a-t-elle expliqué. Je ne sais pas pourquoi, mais le fait de ne pas avoir deviné tout seul m’a complètement anéanti. C’est fou ce que les pères sont censés savoir de nos jours. J’appartiens à la vieille école qui considère l’absence du père comme un principe élémentaire. Aujourd’hui, tous les hommes se promènent avec de discrets sacs à couches et des bébés qui pendent à leur cou telles de petites figures de proue. J’avoue que, jeune père, j’avais du mal à supporter que tout le monde se précipite pour satisfaire le moindre caprice de mes filles en bas âge. Voir Alex dans sa poussette, avachie dans son siège, une gambette par-dessus la barre de sécurité, m’agaçait. Joanie lui apportait son goûter, Alex faisait non de la tête. Sa mère insistait, présentait à nouveau son offrande jusqu’à ce que mademoiselle, satisfaite, daigne la lui arracher des mains. J’observais Alex, enfin comblée, convaincu qu’il y avait en elle un adulte qui se moquait de nous. Scottie, elle, se contentait de montrer du doigt ce qu’elle voulait, en grognant ou en hurlant. J’avais l’impression de vivre avec des altesses royales. Je disais à Joanie que j’attendais qu’elles soient plus grandes pour l’investir. Et elles ont grandi sans que je m’en aperçoive.

Kaui Hart Hemmings, Les Descendants – traduction de Marie-Odile Fortier-Masek

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George Clooney (Matt King) et Amara Miller (Scottie) dans The Descendants (2011), film d’Alexander Payne

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14 réflexions sur “Paternité

  1. Moi non plus ! même pas une fois par an !! sauf à Paris, j’y allais !
    Mais je regarde la télé et Canal + nous offre des fois, – une fois ou deux par an, – la chaîne en clair pendant 15 jours ! cela explique que je me couche à 4 ou 5 heures du matin pendant quelques jours pour voir des films qui me plaisent ! passionnant !!!

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