Sous-bois

J’ai repris Corner of paradise de Riolis; j’en étais là :

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J’en suis désormais ici :

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Il reste de quoi faire :

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Deux amants

« Tu as téléphoné à Connie. » Il hocha la tête, ils saisissaient tous deux ce que cela impliquait et gardèrent le silence un long moment. Greta s’assit à côté de lui sur le canapé, les mains jointes entre ses genoux.

« D’accord », dit-elle. Elle se mit à se balancer doucement d’avant en arrière. « D’accord. »

Il ne la quittait pas des yeux. L’adrénaline et la testostérone déferlaient dans son sang; il la désirait si fort qu’il devait serrer les poings pour ne pas l’attirer contre lui. Il ne pouvait qu’espérer réussir un jour à considérer ces moments passés ensemble comme un intermède agréable, un événement fortuit, une tentation dans le désert. Plus tard encore, il pourrait même se sentir reconnaissant d’avoir eu l’occasion d’en finir avec Greta. Quand il serait bien vieux, s’il vivait jusque-là, le visage de Greta ne se formerait peut-être plus dans son esprit; en revanche, il se sentirait obligé certains jours d’abandonner une conversation banale, sur le chocolat du soir servi aux vieillards par exemple, pour sortir et regarder le ciel. Ses yeux chassieux et larmoyants cligneraient sous la grande boule de feu du soleil couchant, sa main noueuse en visière l’abriterait des longs rayons gamma, et il s’apercevrait peut-être avec surprise que, sans qu’il en trouve la raison immédiate, il souriait.

Dehors sur le balcon, un merle saluait le matin en chantant à tue-tête. Son chant laissait entrer le regret dans la pièce, le regret de ce qui a été perdu, du temps qui passe, de la souffrance subie et de la souffrance infligée, des vies qui ne se sont pas déroulées comme elles avaient autrefois été prévues avec une impatience fébrile, de l’occasion ratée quand tout aurait encore pu changer. Les yeux de Greta étaient noyés de larmes et Matt y vit un instant son reflet avant qu’elles ne coulent sur son visage. Il essuya une larme du pouce et en lécha le goût salé.

La seconde suivante, l’amour passa entre eux, ni réciproque ni réfléchi – tu m’aimes parce que je t’aime -, c’était simplement un choix, de personne à personne, un oubli de soi-même, de ce qu’on possède, de ce qu’on a accumulé et qui a parfaitement suffi, mais qui paraît à présent amoindri – famille, maison, jardin. Il se rendit compte, avec un choc comparable à celui qu’on éprouve en s’apercevant pour la première fois qu’on est capable d’un meurtre, qu’il était, en fait, capable de faire un tel choix. Tout pouvait disparaître en un sourire, en un battement de cœur, le temps qu’il faut pour passer de vie à trépas. Le temps d’une respiration.

Kate O’Riordan, Un autre amour – traduction de Florence Lévy-Paoloni

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Gustav Vigeland (1869 – 1943), Young lovers