Chihuahua VII

Un joli petit chien dans le soleil rasant…

La broderie fait 111 x 97 points et comporte 29 couleurs DMC. Le modèle est disponible au format papier ici et au format .pdf .

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Vide

« Allez ! » Bonnie se tourna, se pencha vers William et posa sur sa joue un baiser délicat, rapide, comme si une plume portée par la brise l’avait effleuré et s’en était allée. À peine descendue de voiture, Bonnie s’était mise à courir vers la grange. Le siège à côté de lui paraissait plus vide que jamais. Un vide tangible, un vide plus redoutable qu’il l’aurait jamais imaginé. Il posa la main sur le siège, encore tiède de la présence de Bonnie. C’était de la folie, c’était une maladie, à moins que ce ne soit le juste châtiment pour avoir bu de l’alcool au cours de l’après-midi. Quelle que fût la cause de ce tumulte intime, William savait qu’il devait se reprendre en main.

Il démarra la voiture. Il pensa à la tarte à la rhubarbe. Il pensa au plaisir de sa femme en le voyant rentrer. Sa Grace bien-aimée, son cœur, celle qu’il aimait depuis si longtemps ! La fin de semaine, jusqu’à la répétition de lundi, s’étirait devant lui tel un désert sombre et sans fin. À cela s’adjoignait un intolérable sentiment d’avoir perdu quelque chose et d’être sur le point de perdre autre chose. La confusion régnait dans son esprit. Il ne voulait pas perdre. Il fallait qu’il se reprenne en main. Maintenant. Qu’il cesse d’imaginer Bonnie et Grant dans la grange. Qu’il se dépêche de rentrer, d’aller retrouver Grace, qu’il fredonne en entier le premier morceau de Razoumovski, qu’il soit le plus vite possible auprès de Grace. Il accéléra, ayant soudain décidé d’aller vite. Le fait de se concentrer sur la route déjouerait les tours de son imagination. Il pria Dieu de lui être favorable et de veiller à ce qu’il n’y ait pas trop d’automobilistes sur la route.

Angela Huth (née en 1938), Tendres silences – traduction de Marie-Odile Fortier-Masek et Henri Robillot

Egon Schiele (1890 – 1918), Quatre arbres

Tableaux

Tu peins ton autoportrait. C’est une demande de ton père. Que tu lui fasses un tableau de toi. Il s’entendra mieux avec le tableau qu’avec toi. Il n’aura pas à se fâcher qu’il ne se lève pas le matin, qu’il oublie des choses, qu’il traînasse çà et là sans but.

C’est la première fois que tu te regardes dans un miroir avec l’œil du peintre. Tu n’es pas beau, mais tu te plais. Tu souris. Tu te peindras souriant, de ce sourire avec lequel tu aguiches les femmes et qui pousse ton père à bout. Quand il te crie après, qu’il t’enguirlande. Tu souris, et personne peut plus t’atteindre. Tu ne cries pas, tu souris.

Tu peins ton visage. Tu n’en démords pas. Les tableaux t’ont toujours captivé. Quand tu as dû faire le coursier pendant ton apprentissage, tu t’arrêtais devant des galeries pour contempler les tableaux, toujours les mêmes tableaux. Un jour, alors que l’un d’eux avait subitement disparu – une étude de Valenciennes -, sous le coup de l’émotion, tu es entré dans la galerie, tu voulais te renseigner sur le tableau, l’apercevoir une dernière fois. C’était comme si tu avais perdu un être cher. Mais finalement tu n’as pas osé. Tu as prétendu t’être trompé de porte, tu as rougi, et tu t’es sauvé.

Tu t’attaches aux tableaux, à tes tableaux. Tu ne veux absolument pas les vendre. Il t’est même arrivé d’en racheter. Ils font partie de toi, de ta vie. Tu les regardes. Ils restent toujours pareils. Lorsque le soir tu éteins la lumière, tu sais qu’ils sont là dans le noir.

Tu aurais dû peindre Victoire quand elle vivait encore. Sans elle, tu ne serais jamais devenu peintre. Ton père a été brisé par sa mort. Après, tout lui a été égal. Il t’a fait don de l’argent qui lui était destiné. Si tu l’avais peinte, elle serait encore là. Mais ce n’est que plus tard que tu as appris à peindre des gens. Ce n’est que plus tard que tu as appris à voir. Appris que le monde est plat, l’espace n’est que contours indécis, ombres. Nuances. Le temps n’existe pas.

Quand tu seras mort depuis longtemps, quand ce petit garçon que tu as rencontré dans le champ au-dessus de Trouville sera mort depuis longtemps, tes tableaux seront toujours là. Ils seront pratiquement les mêmes. Tu aurais dû lui dire cela : quand nous serons morts tous les deux, ce tableau existera encore et montrera ton village comme il ne sera plus depuis longtemps.

Peter Stamm (né en 1963), Comme un cuivre qui résonne – traduction de Nicole Roethel

Camille Corot (1796 – 1875), Autoportrait

De velours et de soie

Les fleurs sauvages
Les océans du monde
Les îles blondes
M’avaient toujours tenté

Finis les grands voyages
Finis les ciels oranges
Tous les frissons étranges
Tu me les as donnés

De velours et de soie
Comme ta chair parfumée
De lumière et de velours
Comme tes yeux

De rose et de lumière
Comme le goût de ta bouche
De sang et de rose fraîche
Comme tes joues

De feu, d’or et de sang
Comme un baiser que tu me donnes
D’argent de feu et d’or
Comme ton corps qui s’abandonne

De soleil et d’argent
Tes cheveux dans le vent mauve
De plaisir et de soleil
Comme une nuit dans tes bras

Boris Vian (1920 – 1959)

Jack Vettriano (né en 1951), Beautiful losers