Vous avez du talent

Rouge-gorge de Noël

Une réalisation pleine de finesse et de délicatesse par Marie-Christine F. :

Marie-Christine est par ailleurs l’auteure d’un blog magnifique que je vous invite à découvrir : http://lescroixdefresia.blogspot.fr/

Un grand merci à vous pour ce partage, recevez toutes mes amitiés 🙂

Cultures

La nuque

Comme un dernier remous sur une blanche plage
Que les flots refoulés ne peuvent pas saisir,
Sur la nuque que mord le souffle du désir,
Un frisson de cheveux trace son clair sillage.

Frisson d’écume d’or, si vivante que l’âge
Se connaît à la voir, et qui semble choisir
Les cols dont la beauté modelée à loisir
A les perfections antiques d’un moulage.

En extase penché, j’aurai pour horizon
L’oreille à qui l’amour porte mon oraison,
L’oreille, bijou fait en rose de coquille ;

Et ma bouche osera baiser l’éclat vermeil
Des minces cheveux fous brodés par le soleil,
Dont la confusion étincelante brille.

Albert Mérat (1840 – 1909), L’idole

Cultures

Vide

« Allez ! » Bonnie se tourna, se pencha vers William et posa sur sa joue un baiser délicat, rapide, comme si une plume portée par la brise l’avait effleuré et s’en était allée. À peine descendue de voiture, Bonnie s’était mise à courir vers la grange. Le siège à côté de lui paraissait plus vide que jamais. Un vide tangible, un vide plus redoutable qu’il l’aurait jamais imaginé. Il posa la main sur le siège, encore tiède de la présence de Bonnie. C’était de la folie, c’était une maladie, à moins que ce ne soit le juste châtiment pour avoir bu de l’alcool au cours de l’après-midi. Quelle que fût la cause de ce tumulte intime, William savait qu’il devait se reprendre en main.

Il démarra la voiture. Il pensa à la tarte à la rhubarbe. Il pensa au plaisir de sa femme en le voyant rentrer. Sa Grace bien-aimée, son cœur, celle qu’il aimait depuis si longtemps ! La fin de semaine, jusqu’à la répétition de lundi, s’étirait devant lui tel un désert sombre et sans fin. À cela s’adjoignait un intolérable sentiment d’avoir perdu quelque chose et d’être sur le point de perdre autre chose. La confusion régnait dans son esprit. Il ne voulait pas perdre. Il fallait qu’il se reprenne en main. Maintenant. Qu’il cesse d’imaginer Bonnie et Grant dans la grange. Qu’il se dépêche de rentrer, d’aller retrouver Grace, qu’il fredonne en entier le premier morceau de Razoumovski, qu’il soit le plus vite possible auprès de Grace. Il accéléra, ayant soudain décidé d’aller vite. Le fait de se concentrer sur la route déjouerait les tours de son imagination. Il pria Dieu de lui être favorable et de veiller à ce qu’il n’y ait pas trop d’automobilistes sur la route.

Angela Huth (née en 1938), Tendres silences – traduction de Marie-Odile Fortier-Masek et Henri Robillot

Egon Schiele (1890 – 1918), Quatre arbres