Cultures

À Vénus

Ayant après long désir
Pris de ma douce ennemie
Quelques arrhes du plaisir,
Que sa rigueur me dénie,
Je t’offre ces beaux œillets,
Vénus, je t’offre ces roses,
Dont les boutons vermeillets
Imitent les lèvres closes
Que j’ai baisé par trois fois,
Marchant tout beau dessous l’ombre
De ce buisson que tu vois
Et n’ai su passer ce nombre,
Parce que la mère était
Auprès de là, ce me semble,
Laquelle, nous aguettait
De peur encores j’en tremble.
Or’ je te donne des fleurs
Mais si tu fais ma rebelle
Autant piteuse à mes pleurs,
Comme à mes yeux elle est belle,
Un myrthe je dédierai
Dessus les rives de Loire,
Et sur l’écorce écrirai
Ces quatre vers à ta gloire
« Thénot sur ce bord ici,
A Vénus sacre et ordonne
Ce myrthe et lui donne aussi
Ses troupeaux et sa personne. »

Joachim du Bellay (1522 – 1560), Divers jeux rustiques

Jean-Honoré Fragonard (1732 – 1806), Le Baiser à la dérobée

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Chagrin

Usez moins avec moi du droit de tout charmer ;
Vous me perdrez bientôt si vous n’y prenez garde.
J’aime bien à vous voir, quoi qu’enfin j’y hasarde ;
Mais je n’aime pas bien qu’on me force d’aimer.

Cependant mon repos a de quoi s’alarmer ;
Je sens je ne sais quoi dès que je vous regarde ;
Je souffre avec chagrin tout ce qui m’en retarde,
Et c’est déjà sans doute un peu plus qu’estimer.

Ne vous y trompez pas, l’honneur de ma défaite
N’assure point d’esclave à la main qui l’a faite,
Je sais l’art d’échapper aux charmes les plus forts,

Et quand ils m’ont réduit à ne plus me défendre,
Savez-vous, belle Iris, ce que je fais alors ?
Je m’enfuis de peur de me rendre.

Pierre Corneille (1606 – 1684), Poésies diverses

Jean-Honoré Fragonard (1732 – 1806), Illustration pour le conte « Le villageois cherche son veau »