Une bien jolie réalisation

Brodées par Sylvie F., des silhouettes de chevaux montées en bannière et suspendues à un joli cintre, pour un modèle tout en harmonie :

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Le modèle d’origine comporte un cheval supplémentaire (ici, montée en plateau par Caroline B.) :

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Merci beaucoup Sylvie d’avoir partagé votre travail; je trouve votre ouvrage très réussi !

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Jadis

[…] certaines rencontres, certaines choses entr’aperçues, devinées, certains chagrins secrets, certaines perfidies du sort, qui remuent en nous tout un monde douloureux de pensées, qui entr’ouvrent devant nous brusquement la porte mystérieuse des souffrances morales, compliquées, incurables, d’autant plus profondes qu’elles semblent bénignes, d’autant plus cuisantes qu’elles semblent presque insaisissables, d’autant plus tenaces qu’elles semblent factices, nous laissent à l’âme comme une traînée de tristesse, un goût d’amertume, une sensation de désenchantement dont nous sommes longtemps à nous débarrasser.

[…] Dès que j’eus fini de déjeuner, je retournai au Luxembourg, et bientôt j’aperçus mon ami qui donnait le bras avec cérémonie à une toute vieille petite femme vêtue de noir, et à qui je fus présenté. C’était la Castris, la grande danseuse aimée des princes, aimée du roi, aimée de tout ce siècle galant qui semble avoir laissé dans le monde une odeur d’amour.

Nous nous assîmes sur un banc de pierre. C’était au mois de mai. Un parfum de fleurs voltigeait dans les allées proprettes ; un bon soleil glissait entre les feuilles et semait sur nous de larges gouttes de lumière. La robe noire de la Castris semblait toute mouillée de clarté.

Le jardin était vide. On entendait au loin rouler des fiacres.

— Expliquez-moi donc, dis-je au vieux danseur, ce que c’était que le menuet ?

Il tressaillit.

— Le menuet, monsieur, c’est la reine des danses, et la danse des Reines, entendez-vous ? Depuis qu’il n’y a plus de Rois, il n’y a plus de menuet.

Et il commença, en style pompeux, un long éloge dithyrambique auquel je ne compris rien. Je voulus me faire décrire les pas, tous les mouvements, les poses. Il s’embrouillait, s’exaspérant de son impuissance, nerveux et désolé.

Et soudain, se tournant vers son antique compagne, toujours silencieuse et grave :

— Élise, veux-tu, dis, veux-tu, tu seras bien gentille, veux-tu que nous montrions à ce monsieur ce que c’était ?

Elle tourna ses yeux inquiets de tous les côtés, puis se leva sans dire un mot et vint se placer en face de lui.

Alors je vis une chose inoubliable.

Ils allaient et venaient avec des simagrées enfantines, se souriaient, se balançaient, s’inclinaient, sautillaient pareils à deux vieilles poupées qu’aurait fait danser une mécanique ancienne, un peu brisée, construite jadis par un ouvrier fort habile, suivant la manière de son temps.

Et je les regardais, le cœur troublé de sensations extraordinaires, l’âme émue d’une indicible mélancolie. Il me semblait voir une apparition lamentable et comique, l’ombre démodée d’un siècle. J’avais envie de rire et besoin de pleurer.

Tout à coup ils s’arrêtèrent, ils avaient terminé les figures de la danse. Pendant quelques secondes ils restèrent debout l’un devant l’autre, grimaçant d’une façon surprenante ; puis ils s’embrassèrent en sanglotant.

Guy de Maupassant (1850 – 1893), « Menuet » – Contes de la bécasse

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Nicolas Lancret (1690 – 1743), Mademoiselle de Camargo

Fouilles archéologiques (II)

J’avais également réfléchi au visage que pourrait avoir Dorian Gray au début de l’histoire :

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Je me souviens m’être inspirée des traits de l’artiste anglais Brian Eno, qui pour moi incarnait un parfait Dorian.

J’avais également travaillé des croquis de mains, à toutes fins utiles (ma main, surtout, et aussi la main de Roosevelt à la conférence de Yalta, au programme au bac en 1990) :

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Quelques chats aussi, ça peut toujours servir :

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Lord Wotton ne hante pas le dessin, j’ai juste oublié de désempiler les feuilles quand j’ai pris les photos…

Et voilà, fin du voyage… voilà qui ne me rajeunit pas 🙂

Fouilles archéologiques (I)

Quand j’étais adolescente j’avais adoré lire Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, et j’avais eu envie de l’adapter en bande dessinée (je n’avais aucune connaissance théorique – ni pratique, du reste – de ce genre d’exercice, aussi le projet en est-il bien évidemment resté au stade d’ébauche d’embryon). J’ai retrouvé chez mes parents des cartons à dessin datant du lycée, et j’ai eu envie de partager ça avec vous.

J’avais ébauché le personnage de Lord Henry Wotton, séducteur décadent – plus jeune :

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Moins jeune, marqué par la débauche et le cynisme (je m’étais inspirée de l’architecture générale du visage de l’acteur Peter Fonda) :

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J’avais réfléchi également au visage de la fiancée de Dorian, Sibyl :

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La signature (Guilland) est mon nom de jeune fille (je n’avais que dix-huit ans); une autre version de Sibyl, plus « sauvage » :

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Je devais être trop paresseuse pressée pour remplir les ombres (tout le côté gauche devrait être noir) et détailler les cheveux…

Demain si vous le voulez bien, une interprétation de Dorian, des mains et des chats – merci d’avoir bien voulu vous plonger dans ces souvenirs avec moi !