Harmonies

Ainsi donc, du seul fauteuil confortable de ma chambre, où je passai la nuit entière à lire Aristophane, je pouvais apercevoir une partie du couloir du premier étage par ma porte entrebâillée. A un certain moment au cours de la soirée, je vis Sophie porter dans la chambre de Nathan les albums de disques qu’il l’avait sommée de lui rendre. Lorsqu’elle regagna sa chambre, je constatai qu’elle était de nouveau en larmes. Comment pouvait-elle continuer ainsi ? D’où venaient ces larmes ? Plus tard, elle passa et repassa inlassablement sur le phonographe le dernier mouvement de cette Première Symphonie de Brahms que dans sa générosité il lui avait permis de garder. Sans doute était-ce maintenant son seul album. Toute la soirée, la musique filtra à travers le plafond mince comme du papier, le son tragique et noble du cor d’harmonie se mêlant en contre-chant dans ma tête au gazouillis perçant de la flûte, pour remplir mon âme d’une tristesse et d’une nostalgie parmi les plus intenses que j’eusse jamais encore ressenties. Je songeai à l’instant où cette musique avait été composée. Une musique qui, entre autres choses, évoquait une Europe plongée dans la paix et le bonheur, baignée dans la douce lueur ocre de crépuscules sereins – enfants vêtus de petits tabliers et aux cheveux nattés que l’on promenait en charrettes anglaises, excursions dans les clairières du Wiener Wald et robuste bière bavaroise, dames de Grenoble armées de parasols se pavanant à la lisière étincelante des glaciers des Grandes Alpes, voyages en ballon, joie de vivre, valses étourdissantes, vin de Moselle, Johannes Brahms lui-même, avec sa barbe et son cigare noir, méditant ses accords titanesques sous les arbres du Hofgarten dépouillés par l’automne. Une Europe d’une douceur presque inconcevable – une Europe que Sophie, acharnée à se noyer dans son chagrin là-haut au-dessus de ma tête, n’avait pas pu connaître.

William Styron (1925 – 2006), Le choix de Sophie – traduction de Maurice Rambaud

Caspar David Friedrich (1774 – 1840), La terrasse du jardin

Centaures

Comme tous les ans a lieu durant le dernier week-end de juillet le concours hippique des Abrets, dans le Nord-Isère :

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Chevaux et cavaliers s’échauffent :

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D’autres patientent :

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C’est parti !

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Complicité :

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Pour les habitants de la région Rhône-Alpes, ne ratez pas le salon Equid’espaces à la fin du mois de septembre :

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Bannière à l’écureuil

Elle est désormais disponible au prix de 10 euros dans la catégorie Animaux des bois :

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Le modèle fait 144 x 419 points et comporte 28 couleurs DMC. Finalement, les frises sur les côtés ont été simplement travaillées en blackwork, parce que les tentatives que j’ai faites avec des motifs réalistes oscillaient entre le grotesque et l’horrible, vu le peu de place 🙂 J’espère que vous aimerez broder les aventures de ce petit écureuil plein d’espièglerie…

Échecs

Il gagnait trois sous en trimballant dans un Bedford les pensionnaires d’une maison de retraite. Le fil de fer qui maintenait le pare-chocs avait rouillé. Le pare-brise était tapissé d’autocollants pour la paix. Les phares bringuebalaient de chaque côté de la calandre. Absent la plus grande partie de la journée, il s’occupait de ses handicapés. Ce qui pour les autres était un calvaire était une faveur pour lui. Il allait les prendre en fin de matinée dans leur maison de Cypress Avenue – irlandais et italiens pour l’ensemble, mais aussi un vieux Juif, surnommé Albee, en costume gris et kippa.

– C’est le diminutif d’Albert, disait-il. Appelle-moi Albert et je te botte le cul !

Une fois ou deux, l’après-midi, je suis allé tenir compagnie à ces hommes et ces femmes, presque tous blancs. On aurait pu les replier comme leurs fauteuils roulants. Pour ne pas trop les secouer, Corr roulait comme un escargot.

– Tu conduis comme une gonzesse ! gueulait Albee à l’arrière.

La tête posée sur le volant et le pied calé sur le frein, Corrigan se marrait.

Klaxonnant derrière nous, les autres bagnoles faisaient un raffut infernal. L’atmosphère, irrespirable, avait l’odeur des ruines.

– Avance, mec, avance ! criait Albee. Bouge-le, ton veau !

Lâchant enfin les freins, Corrigan nous a menés tout doucement au square de Saint Mary, puis il a poussé ces messieurs dames vers les rares coins encore à l’ombre.

– De l’air frais, disait-il.

Les hommes étaient coincés dans leurs fauteuils, sombres comme les poèmes de Larkin. Les vieilles dames avaient l’air bouleversées. Elles dodelinaient de la tête au vent, en regardant le terrain de jeux où les mômes, pour l’ensemble noirs et latinos, glissaient sur les toboggans et grimpaient aux portiques.

Albee s’est propulsé à l’écart avec quelques feuilles de papier. Il ne disait plus rien, griffonnait avec son crayon. Je me suis accroupi près de lui.

– Vous faites quoi, l’ami ?

– Rien qui te regarde.

– C’est des échecs, ça, non ?

– Tu joues ?

– Bien sûr.

– Classé ?

– Comment ça, classé ?

– Oh, fous-moi le camp ! Encore une gonzesse, celui-là.

Colum McCann (né en 1965), Et que le vaste monde poursuive sa course folle – traduction de Jean-Luc Piningre

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Leonard Mccombe (né en 1923), Men playing chess in Central Park